ACCORD UE-MERCOSUR : QUELS IMPACTS POUR LES ECONOMIES DU V4 ?
- Observatoire Socio-économique

- 23 mars
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Considéré comme un instrument de stimulation de la croissance économique, l’accord UE–Mercosur suscite des attentes contrastées parmi les États membres. Si les économies d’Europe occidentale anticipent des gains commerciaux, celles d’Europe centrale, et en particulier les pays au sein du groupe de Visegrád, redoutent davantage de déséquilibres structurels.
QU’EST-CE QUE L’ACCORD UE–MERCOSUR ?
L’accord du Mercosur est créé par le traité d’Asunción signé le 26 mars 1991. Il regroupe les membres fondateurs : l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay, ainsi que le Venezuela, suspendu le 2 décembre 2016 en raison du durcissement de son régime politique, et la Bolivie, qui a intégré l’organisation en décembre 2023. Plusieurs autres pays participent à cet accord en tant que membres associés : le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Guyana, le Pérou et le Suriname.
Il faut rappeler que le Mercosur est une alliance économique qui se concentre sur la libre circulation des biens et des services en mettant en place des normes communes et une baisse des droits de douane. Celui-ci représente plus de 80 % du PIB de l’Amérique du Sud, faisant de lui un levier important de l’économie de ce continent.
En outre, l’accord de l’échange du Mercosur avec l’Union européenne est un des accords les plus importants de libre-échange conclus par l’UE. L’objectif de cet accord est d’établir un commerce entre territoires où les marchandises circulent librement sans taxes ni barrières telles que machines, voitures, produits chimiques et pharmaceutiques, produits agricoles et produits minéraux. Mais, en conséquence, de nombreuses contestations émergent en raison des effets dévastateurs que cela pourrait avoir pour les agriculteurs voyant leur métier menacé à cause de cet échange. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont manifesté contre cet accord dans plusieurs capitales en Europe dont Bruxelles, Madrid, Paris, dans les Pyrénées-Atlantiques, La Roche-sur-Yon en Vendée, à Athlone devant le Parlement européen à Strasbourg rassemblant plus de 5 500 personnes.
QUELLES EXTERNALITÉS POUR LE GROUPE DU VISEGRÁD ?
L’accord UE–Mercosur a des effets contrastés pour les pays du groupe de Visegrád, mêlant à la fois des opportunités et des risques. D’une part, il renforce la concurrence dans certains secteurs agricoles dite limitée selon la Commission européenne, comme le bœuf, la volaille ou le soja, pour lesquels les pays du Mercosur sont très compétitifs mais comportent aussi des doutes sanitaires au niveau des normes comme l’interdiction de présence d’hormones de croissance dans la viande bovine pour l’UE tandis qu’en Amérique c’est une pratique récurrente. De plus, dans les pays du Mercosur, ils utilisent de nombreux pesticides dans l’élevage contrastant avec l’Europe qui, elle, a des restrictions importantes contre cet usage. C’est alors que l’augmentation des importations pourrait ainsi exercer une pression sur les prix, fragiliser certaines productions agricoles européennes et inquiéter les populations au niveau des normes sanitaires.
De l’autre côté, l’accord peut favoriser les exportations européennes de produits à plus forte valeur ajoutée, notamment les biens transformés et industriels, dans lesquels l’Union européenne dispose d’un avantage. Pour les pays du groupe de Visegrád, cette situation est néanmoins délicate. Malgré des ressources agricoles importantes, ces économies présentent des faiblesses structurelles, comme une productivité du travail relativement faible. Ainsi pouvant rendre plus difficile l’adaptation à la compétitivité de produits importés à bas coût en provenance du Mercosur.
Deux pays du groupe de Visegrád sont contre cet accord : la Pologne et la Hongrie. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban déclare que la Commission européenne tenterait de tromper les citoyens à travers cet accord. En opposition, les deux autres États, à savoir la Slovaquie et la Tchéquie, soutiennent quant à eux cet accord. Cette division importante peut faire l’objet de vives tensions au sein du V4.
LES EFFETS DE CET ACCORD CENTRÉS SUR LA SLOVAQUIE
La Slovaquie soutient l’accord UE–Mercosur grâce aux nombreux avantages que souligne cet accord. Pays enclavé, celle-ci dépend fortement des échanges extérieurs et de son intégration aux chaînes de valeur européennes. Cet accord prévoit de nombreuses opportunités, notamment sur le plan professionnel ainsi que sur le plan culturel.
Cet échange promet une stimulation de l’économie slovaque de sorte que les entreprises slovaques verront leurs bénéfices croître ainsi qu’un appui professionnel. Les producteurs (industriels et agriculteurs) pourront exporter davantage, accroissant ainsi une hausse des ventes des produits slovaques à des prix « premium » selon Policy Trade. Pour protéger les agriculteurs, des mesures importantes vont être mises en place en mettant un quota sur les produits importés. Mais malgré ces mesures, beaucoup doutent de la capacité de la Slovaquie à résister dans le domaine agricole et laissent présager une vulnérabilité face à la concurrence sud-américaine.
Mais le secteur automobile permettra à la Slovaquie d’acquérir des bénéfices importants. Cet accord lui permettra d’augmenter la clientèle et d’élargir ses importations. La valeur estimée des exportations slovaques lors de l’accord du Mercosur est estimée à plus de 83 millions €.
En conclusion, l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur présente à la fois des opportunités et des risques pour les pays du V4. D’une part, il peut favoriser certaines croissances économiques grâce aux exportations. Tandis que, d’autre part, sur le secteur agricole, il peut représenter une menace.



