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LES EUROFONDS : UNE SOLUTION NECESSAIRE POUR REPONDRE A LA CRISE DU COVID-19 DANS LE V4 ?

  • Photo du rédacteur: Observatoire Socio-économique
    Observatoire Socio-économique
  • 9 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

La pandémie de COVID-19 a plongé l’Europe dans une crise internationale, révélant les vulnérabilités économiques, sociales et institutionnelles des pays membres. Dans la région de Visegrád, composée de la Pologne, de la Hongrie, de la Tchéquie et de la Slovaquie, cette crise a mis à l'épreuve des modèles de développement soutenus par les financements européens. Face à l'urgence sanitaire et à l'effondrement des activités économiques, les eurofonds se sont présentés comme un instrument indispensable pour soutenir les stratégies nationales de relance et limiter le choc immédiat.

 

Les eurofonds ont-ils constitué une solution nécessaire pour répondre efficacement à la crise du COVID-19 dans les pays de Visegrád, et particulièrement en Slovaquie ?

 

Les eurofonds dans le groupe de Visegrád

 

Avant l’arrivée de la pandémie du COVID-19, les quatre pays du groupe Visegrád se trouvaient parmi les pays les plus performants de l’Union européenne. Dans les années dites « normales » d’avant-pandémie (par exemple 2018–2019), la croissance du PIB parmi les États du Visegrád oscillait entre ~1.9 % et ~4.6 % par an selon le pays, comme visible dans le tableau suivant réalisé par le professeur d’université en sciences économiques Maciej Dzikuć :

 


Cependant, ce tableau indique également la chute économique de ces pays en 2020 avec l’arrivée du COVID-19. Bien que ceux-ci bénéficient du fait qu’ils dépendent moins des secteurs immédiatement touchés par la crise, comme le tourisme qui a fortement impacté des pays comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce ; la plupart des gouvernements a décidé de mettre en place des mesures pour freiner la demande au sein des pays.

 

Cette décision a provoqué un effondrement au niveau de l’exportation et a touché les secteurs essentiels de la croissance économique comme le secteur automobile, comme le démontre une étude de 2022 menée par le MDPI (Multidisciplinary Digital Publishing Institute) de Bâle : « L’industrie automobile en Slovaquie a été fortement affectée, en particulier lors de la première vague de la pandémie. […] Les quatre constructeurs automobiles présents en Slovaquie ont suspendu leur production en mars 2020. ».

 

Le secteur de la santé, qui jouait un rôle clé pendant la pandémie, a également été impacté. La priorité des hôpitaux étaient donnée aux cas les plus graves, notamment au début lorsque le virus était encore méconnu, ce qui mettait de fait à l’écart le traitement d’autres pathologies. Il s’agissait donc d’une crise multiscalaire, et les ressources des pays du Visegrád ne suffisaient pas pour éviter un déclin économique.

 

C’est à ce moment que l’Union Européenne a décidé d’intervenir en fournissant des eurofonds à travers plusieurs programmes. Par exemple, le jeudi 11 juin 2020, les Premiers ministres des quatre pays se sont rencontrés dans un château à Lednice en République tchèque pour s’arranger sur une distribution « équitable » des fonds de 750 milliards d’euros par la Commission européenne via le plan de relance NextGenerationEU.

 

Il faut noter que cette offre contredit les positions politiques de certains pays, à commencer par la Hongrie. Le chef du gouvernement hongrois Viktor Orban a déclaré que cette proposition était "philosophiquement bien éloignée de ce que les Hongrois pensent du monde”.

 

Face à la crise, les pays ont dû dépasser leurs frontières, et ces programmes d’eurofonds, encore opérant jusqu'à aujourd'hui, ont permis aux quatre pays de continuer à progresser même face aux contraintes de la pandémie. Par exemple, comme nous l’indique European Investment Bank : « La Banque européenne d’investissement [...] prêtera 200 millions d’euros à Eximbank (Hongrie) par l’intermédiaire d’une nouvelle ligne de crédit qui servira à soutenir la reprise rapide des entreprises hongroises face aux effets économiques négatifs de la pandémie de COVID-19. »

 

 Les eurofonds, un facteur décisif pour la Slovaquie face à la crise

 

Alors que la pandémie de COVID-19 plongeait l’Europe dans une crise sanitaire et économique sans précédent, la Slovaquie s’est tournée vers un outil devenu essentiel de sa politique publique : les eurofonds. Pour un pays dont une large part des investissements dépend du financement européen, ces ressources ont été un facteur de stabilisation et de relance.


Dès les premiers mois de la pandémie, Bratislava a mobilisé les fonds pour répondre à l’urgence sanitaire. Les eurofonds ont permis d’acheter des équipements de protection, de moderniser des installations hospitalières et de renforcer les capacités de dépistage. Ce soutien a été complété par des investissements visant à améliorer l’accès aux soins primaires dans les régions les plus défavorisées. 


Des investissements importants dans les infrastructures ont notamment été consacrés à la modernisation des bâtiments hospitaliers (1,1 milliard d’euros) ainsi qu’à l’augmentation des capacités des structures préscolaires (141 millions d’euros). Dans un système de santé sous-financé, ce financement européen a ainsi permis d’éviter un effondrement.


Mais c’est sur le plan économique que l’impact a été le plus visible. Confrontée à une chute brutale de l’activité, notamment dans l’industrie automobile, la Slovaquie a utilisé les eurofonds pour soutenir les petites ou moyennes entreprises, financer le maintien de l’emploi et accompagner la numérisation des entreprises. Des milliers d’emplois ont ainsi pu être préservés, limitant une montée du chômage que les seuls moyens nationaux n’auraient pu contenir.


Au-delà de la gestion immédiate de la crise, la pandémie a révélé une réalité structurelle : la Slovaquie reste profondément dépendante des fonds européens pour soutenir sa croissance et moderniser ses infrastructures. La mobilisation des eurofonds, complétée par les programmes REACT-EU et NextGenerationEU, a mis en lumière l’importance de la solidarité européenne dans les pays d’Europe centrale. Mais certains craignent que la Slovaquie soit dépendante aux financements de l’Europe pouvant ainsi être un désavantage majeur pour l'État. Certains députés européens soulignant le fait que ce soit une utilisation abusive des fonds de l’Union Européenne qui a fait l’objet d’une plainte et débat entre les députés européens et la commission et la présidence danoise.

 

Le futur des eurofonds: vers une transition durable et une meilleure efficacité

 

Dans les prochaines années, les eurofonds vont rester un outil fondamental de développement pour les pays d’Europe centrale, et vont davantage profondément évoluer. L’UE oriente ses financements vers trois priorités majeures: la transition écologique, la modernisation des technologies et le renforcement de la cohésion sociale. Une partie forte des fonds sera consacrée aux énergies propres et renouvelables, afin de réduire les émissions qui provoquent la pollution. C’est l’objet de NextGenerationEU. En Slovaquie, ce projet aiderait à se relever après les dégâts causés par le virus, à réduire la dépendance aux énergies russes et polluantes, et à préparer le pays pour une économie plus respectueuse de l’environnement.


La solidarité sociale demeurera également une priorité. Les fonds continueront à soutenir les personnes en situation de vulnérabilité, à faciliter l’accès à l’emploi et à la formation, et à renforcer les communautés les plus fragiles. En Slovaquie, grâce aux programmes européens, de nombreux jeunes et demandeurs d’emploi ont pu bénéficier de formations et accéder au marché du travail, contribuant ainsi à limiter les difficultés sociales engendrées par la crise. Le principal instrument ayant permis ce soutien est le Fonds social européen Plus (FSE+), qui finance des initiatives telles que la formation professionnelle, l’accompagnement vers l’emploi, le soutien aux personnes en situation de handicap, ainsi que des programmes de réinsertion destinés aux chômeurs de longue durée. Ces investissements contribuent non seulement à renforcer l’employabilité des bénéficiaires, mais aussi à dynamiser l’économie locale et à réduire les inégalités régionales.



Le futur des eurofonds repose ainsi sur une double ambition : promouvoir la transition écologique et assurer une cohésion sociale renforcée, tout en rendant les financements plus efficaces et mieux ciblés. Pour la Slovaquie et les autres membres du Visegrád, cette évolution est déterminante, car elle permettra de consolider la relance économique tout en préparant ces pays aux défis environnementaux et sociaux à venir.


La crise du COVID-19 a confirmé que, pour la Slovaquie, les eurofonds ne constituent pas un simple appui, mais une véritable bouée de sauvetage. Ils ont permis de préserver l’emploi, de former les jeunes et de moderniser les infrastructures, tout en accompagnant le pays vers une transition plus verte. Toutefois, cette dépendance suscite également des critiques. Certains soulignent le risque d’une trop grande dépendance à l’égard de l’Union européenne et de ses financements, estimant que la Slovaquie pourrait y perdre une part de son autonomie dans ses choix économiques et politiques. Entre avantages et dépendance structurelle, le pays doit désormais trouver un équilibre afin de tirer pleinement profit de la solidarité européenne tout en consolidant sa souveraineté nationale.

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