ELECTIONS D'OCTOBRE 2025 EN TCHEQUIE : UN SOUBRESAUT DEMOCRATIQUE ?
- Observatoire Géopolitique

- 9 févr.
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Dernière mise à jour : 9 févr.
Les élections législatives en République tchèque ont eu lieu le vendredi 3 octobre 2025 de 14h à 22h et le samedi 4 octobre de 8h à 14h, comme le veut la tradition depuis les années 1970. Après le dépouillement, c’est la coalition ANO (Action des citoyens mécontents) d’Andrej Babiš qui remporte les élections législatives avec 80 sièges, sans pour autant atteindre la majorité absolue. La feuille de route des membres de la coalition, qui devrait être investie début décembre, s’oppose notamment au pacte migratoire et au pacte vert européen. Elle entretient aussi le flou sur la question de la guerre en Ukraine, alors que Prague était, jusque-là, l’un des principaux soutiens de Kiev au sein de l’Union européenne (UE). Le chef du parti ANO, Andrej Babiš, a présenté un accord de coalition avec la formation pro-russe et nationaliste Liberté et démocratie directe (SPD) et les masculinistes anti-écologistes du Parti des motoristes dans le but de former un nouveau gouvernement tchèque qui se démarque par un profond sentiment eurosceptique. Ces élections soulèvent de nombreux défis qui s’inscrivent au cœur de la Tchéquie auxquels le gouvernement doit faire face pour garantir la stabilité du pays.
Des observateurs critiques
En 2025, la politique tchèque se retrouve face à des défis politiques et sociaux, qui poussent la droite de l’échiquier politique à se mobiliser. Selon Petr Fischer, investisseur et entrepreneur, la politique tchèque manque de débat et de concertation. Chaque parti semble refuser d'écouter des opinions différentes et reste bloqué sur des promesses à court terme (baisse des impôts et/ou hausse des aides sociales). On parle de démocratie lente, polarisée, voire dysfonctionnelle. Ce dernier critique le manque de réformes structurelles pour résoudre les problèmes à long terme. Le problème à résoudre serait une forme de passivité, qui ferait figure de danger : il faudrait que l'économie croisse plus vite que l'inflation et les taux d'intérêt afin de retrouver une paix sociale. Cette priorité est d’autant plus nécessaire que le pays doit faire face à l’essor de l’intelligence artificielle et aux déséquilibres commerciaux dus aux investissements nombreux de la Chine en Europe.
D’autre part, l’homme d’affaires Tomáš Krsek argumente que le pays ne peut survivre aux défis mondiaux qu’en étant membre et soutien d’un bloc solide, à savoir celui de l’Union européenne. Également candidat, il souligne aussi dans son commentaire qu'au regard des enjeux qui façonnent la période, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle et des asymétries commerciales liées à la Chine, la République tchèque ne peut survivre qu'en tant que membre d'un ensemble plus fort, tel que l'Union européenne. Tomáš Krsek défend donc une position pro-européenne : l’UE semble ici indispensable, non seulement pour l’accès au marché unique, mais aussi pour sa capacité collective à résoudre des enjeux que la Tchéquie ne pourrait affronter seule.
Une élection qui pourrait officialiser un changement de cap géopolitique
Parmi les principaux enjeux géopolitiques de la République tchèque, il faut relever son positionnement au sein de l'Union européenne et de l'OTAN, avec lesquelles elle fait face à un débat sur le degré d'intégration, les relations avec la Russie et l'Ukraine, et les tensions internes entre les courants politiques pro-européens et eurosceptiques qui complexifient les relations avec Bruxelles. La Tchéquie a également augmenté ses dépenses dans le secteur de la défense pour pouvoir respecter les engagements de l'OTAN, et se prépare également à faire face à de nouvelles menaces, notamment dans le cyberespace.
Malgré une reprise économique, la Tchéquie doit faire face à des vulnérabilités, notamment au regard de sa dépendance à des chaînes d'approvisionnement extérieures et de sa politique énergétique, qui a un grand impact sur son budget et qui a pour but de sortir des énergies fossiles pour se tourner vers le nucléaire, ce qui représente un enjeu de souveraineté et de sécurité énergétique.
Le pays demeure divisé sur des questions essentielles, notamment sur son rapport à l'UE, concernant la guerre en Ukraine ainsi que sur l’immigration ou l’identité nationale. L’accroissement des tensions politiques renforce cette polarisation, ce qui favorise l’instabilité de la démocratie. Parmi les porte-parole de la situation, Petr Fischer nous informe sur le fonctionnement institutionnel affaibli. Lui aussi dénonce une démocratie lente, laborieuse et de moins en moins fonctionnelle. Les partis devraient se concentrer sur les réformes structurelles, la gestion du long terme et une gouvernance claire. À ce titre, plusieurs observateurs qualifient la coalition autour de ANO de « camp illibéral ». Les récentes manifestations ayant rassemblé plus de 100 000 personnes dans les rues de Prague pour protester contre la nomination de Filip Turek au ministère de l’environnement fondent les craintes de certains quant à la perspective d’un tournant illibéral pour la démocratie tchèque.
Dans le même temps, la progression d’Andrej Babiš et de ses alliances envisagées avec le SPD et les motoristes, qui sont eurosceptiques et anti-écologistes, fait craindre une déviance eurosceptique de la démocratie, un affaiblissement du consensus européen et, avant tout, une normalisation des discours extrêmes, ce qui remet en cause les valeurs démocratiques traditionnelles. C’est ainsi que se traduisent ces enjeux dans les élections de 2025, avec un parlement fragmenté, un Andrej Babiš victorieux mais visiblement incapable de gouverner seul, et une instabilité qui rendrait la démocratie potentiellement ingouvernable à court ou moyen terme.
La victoire du parti Action des citoyens mécontents (ANO) d'Andrej Babiš marque un début de changements extrêmes qui vont avoir de nouveaux impacts sur le pays et son futur. Des défis politiques et sociaux importants émergent à cause d'un manque de débats, ainsi que des défis économiques importants avec un budget déjà faible en raison des investissements énergétiques et de sécurité.



